(english below)

Die Drei Clementinen, exposition de Quentin Chambry, Guillaume Pellay et Alexis Poline à Raum Vollreinigung, Berlin
10 fév. 2017
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Texte introductif

L'hiver à Marseille, février 2015, Straat Galerie, cadre amical.
On est descendu en Renault Espace, 2ème génération, plus spacieuse que la 4, car le vrai luxe : c'était l'espace.
http://www.passion-espace-club.com
Nous sommes là pour l'exposition Des Paysages d'Alexis Poline. Depuis quelques temps il développe avec constance une série de peintures de paysages composés de grands aplats colorés. Souvent le ciel est bleu, l'herbe et les arbres verts, le soleil jaune. Parfois pourtant, quand un ciel s'ouvre ou se couvre, quand le jour se lève, certaines zones peuvent perdre leur teinte primaire et se nuancer.
Il faut savoir que l'horizon est bien droit, que le soleil est rond, un arbre aussi, et trois disques verts accolés posés sur l'horizon forment une forêt. À Marseille, ses paysages sont occupés de grands ouvrages artificiels, seul le nombre d'arches en arc-de-cercle distingue un pont d'un viaduc.
Les tableaux sont larges, plus hauts que nous, et les nuits sont courtes. Il reste cinq jours, Alexis n'est pas du tout prêt, charrette.
On écoute __Collapse__, le mix de Detect, puis on le réécoute, mille fois comme ça.
Les aplats d'Alexis sont particulièrement méticuleux, appliqués en plusieurs couches successives d'une acrylique fortement délayée en jus, il faut bien étirer la charge du pinceau, le résultat doit être sans relief ni bavure. Avec Quentin Chambry on prend le pli, on ne s'ennuie pas.
Mais ces couches doivent sécher, on s'ennuie alors, on s'occupe alors.
Tout y passe, comme trois bocs de bière placés entre les deux miroirs de la vitrine qui se font face, infini vertigineux, straight to heaven. La visière d'une casquette sinon fait un bon panier de fruits.
Avec Quentin on agrémente les grands formats d'Alexis par l'ajout d'accessoires : quelques clémentines et le pompon vert d'un bonnet comme bijoux. Ils sont comme nos commentaires dans la marge. On visite l'expo ainsi augmentée, mains dans les poches, appareil photo en bandoulière, c'est une réussite, bel agencement chromatique, du rythme des échos des ruptures.
Les clémentines sont le meilleur de l'hiver, son sucre et son soleil.
On adore La Soculente, très élégamment emballée, joliment étiquetée.

Les trois clémentines que l'on peint sur nos toiles ou sur leurs murs, celles que l'on installe tous les trois quelque part dans nos expositions juste avant leur inauguration —comme les boules de gui dans la maison en temps de fêtes—, celles qu'on ne trouve plus en été et qu'on remplace par des oranges, quand-même ; ces trois clémentines qui forment notre bannière sont celles qui, posées une nuit sur une toile d'Alexis, renvoyaient parfaitement aux trois cercles gris de ses nuages, au cercle jaune pâle de son soleil, au bleu profond de son ciel.
Elles sont celles qui nous ont fait oublier que les couleurs séchaient, et qu'on attendait.

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Opening text
(traduction : Donnie Ka)

Winter in Marseille, February of 2015, Straat Gallery, friendly environment.
We drove down there in a Renault Espace, 2nd generation, more spacious than the 4th, because true luxury is space.
http://www.passion-espace-club.com
We are here for Alexis Poline's exhibition, Des Paysages. For some time now, he's been steadily developing a serie of landscape paintings made of solid colored patterns. Often, the sky is blue, the grass and the trees are green, the sun is yellow. But at times, when the weather clears up or turns heavy, when the day rises, some areas of the painting may loose their primary tone and gain new shades.
You have to realize that the horizon is straight, that the sun is round, the trees too, three green circles aligned on this horizon will take the shape of a forest. In Marseille, his landscapes are occupied by big artificial structures, and only the sheer number of curved arches will sort out the simple bridge from the viaduct.
The paintings are large, taller than us, and the nights are short. We got five days left, Alexis isn't ready at all, backlog.
We listen to __Collapse__, a mix made by Detect, and then we listen to it again, a thousand times, just like that..
Alexis's solid patterns are extremely meticulous, built with layers upon layers of a very diluted acrylic paint, you have to spread it on the brush, the result must not spill or be uneven. Me and Quentin Chambry, we become used to it, we don't have time to be bored.
But then these layers have to dry up, and then we get bored, and then we have to find something to do.
Everything becomes useful, like three beer glasses placed between two mirrors in the window display, dizzying infinite, straight to heaven. The visor of some hat turns out to be a great fruit basket.
We add a few accessories to Alexis's panels : some clementines and a green fur pom pom, freshly cut off some winter hat. They are like jewels, or like our commentary in the margin. We hang around the newly adorned exhibition, hands in our pocket, cameras around our necks, it's a success, a good chromatic display, rhythm - echoes - breaches.
Clementines is one of the perks of winter, its sugar, its sun.
We especially love La Soculente, packaged and tagged with refinement.

The three clementines we paint on our canvas or on their walls, the ones that the three of us install in our exhibitions right before their opening - like mistletoe during the end of the year festivities - the ones that we can't find in summer (and that we replace by oranges) ; these three clementines of which our flag is composed, are the same that were placed on Alexis's painting during some night in winter, the same that perfectly mirrored his three grey circles as clouds, his pale yellow circle as the sun, his deep blue as the sky.
They are the ones that made us forgot that the colors were drying up, and that we were waiting for them to dry up.