(english below)

Amateurs, exposition de Jin Angdoo & Mathieu Julien au 126, Rennes
18 sep. - 16 oct. 2015
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Texte introductif

Bordeaux, Troyes, Paris ; Séoul, Los Angeles, Trévise, Amsterdam, Paris ; il va falloir faire le clair là dedans avant de parler de Rennes.

Mathieu Julien et Jin Angdoo, amateurs ; Jin Angdoo et Mathieu Julien, amateurs.
C'est fou, ça marche dans les deux sens. Commençons donc par là, ce qui les réunit à Paris en tandem, comme cet engin qui les porte de bivouacs en garbures soupes de canard sur les routes du sud-ouest ces derniers étés.

C'est leur appartement sous les toits qui est le théâtre de leurs petites entreprises le reste de l'année —au prix d'une valeureuse organisation inhérente aux petits espaces parisiens. Mathieu et Jin peignent et coupent, cousent et teignent, empruntant leurs techniques et métiers à droite à gauche. Ils savent s'embarquer dans de longues tâches répétitives avec la patience de l'artisan et un savoir-faire souvent acquis du bon sens du bricoleur, de l'observation ou des tutoriels youtube. Ils réalisent des objets aux statuts variés, rarement de simples peintures ou de simples sculptures, mais nos Amateurs ne sont pas de simples amateurs, ils se sont débarrassés et affranchis de cet adjectif qualificatif souvent trop rapidement convoqué pour mieux y opposer la science du professionnel.

Chacun de leur projet est chaque fois tourné vers un ou des objets finis, les Amateurs partagent un goût commun pour certaines formes assez simples, des couleurs posées et confrontées entre-elles en de grands aplats, des compositions souvent abstraites qui se donnent à contempler, un sens aigu de l'harmonie et du détail soigné. Mais il semble que tout ce qu'engagent la réalisation de ces objets au quotidien soit tout aussi important pour eux : ce qu'ils nécessitent de réflexion, d'apprentissage des techniques, de façonnage est partie intégrante de leur dynamique.
Ainsi Mathieu peut-il peindre des textes avec du produit photosensible ou peindre sur des pull-over avec de la laine cardée ; ainsi Jin peut-elle composer une pièce chorégraphiée pour des cailloux colorés tenant entre deux doigts ou coudre le lendemain de grands drapeaux de coton qui la dépassent presque en taille, étendards sans idéologie qui ne proposent que la beauté de leurs compositions ; ainsi peuvent-ils ensemble réaliser des tote bags, tous uniques et construits à partir de centaines de formes en tissu découpées et composées entre elles.

Leurs objets d'art trouvent surtout place dans un environnement domestique, c'est entre deux eaux qu'ils se maintiennent, celles qui prennent leur sources respectives dans l'art et dans l'artisanat ; en ça leur approche n'est pas sans rappeler celle des artistes du mouvement Arts & Crafts, aux origines mêmes du design, qui en Angleterre à la fin du XIXème siècle se proposaient de rapprocher l'art du quotidien en s'attaquant au mobilier et aux objets usuels.

Le 126 est un groupe d'amis, à la dynamique incroyable qui a trouvé son nom dans cette grande maison où ils vivent, au 126 de l'avenue Général Leclerc à Rennes. 126 est aussi le nom de la galerie aménagée dans leur garage où ils tiennent une très belle programmation depuis 3 ans. En invitant les Amateurs la Galerie 126 ne déroge pas à ce qui s'instaure peu à peu en règle, une expo Moderne Jazz à chaque rentrée de septembre. Mathieu et Jin prêtent d'ailleurs leur voix pour la vidéo qu'Arte Creative a consacrée cet été à cette équipe de graffeurs dont ils font aussi partie. Jin s'y exprime dans un anglais trop naturel pour être joué, il lui vient de son enfance passée quelque part dans l'immensité de Los Angeles ; la jeunesse bordelaise de Mathieu y est moins criante...

Ils présenteront à Rennes un travail qui débordera largement de l'espace d'exposition habituel. Un travail qui comme les autres sera trop précis et ambitieux pour ne pas déborder la modestie de leurs auteurs, Amateurs.

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AMATEURS website

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Opening text
(traduction : Donnie Ka)

Bordeaux, Troyes, Paris; Seoul, Los Angeles, Treviso, Amsterdam, Paris; we're gonna have to clear things up a bit before we start talking about Rennes.
Mathieu Julien and Jin Angdoo, amateurs; Jin Angdoo and Mathieu Julien, amateurs.
It's crazy: it works both ways. Let's start from here then, from what brought them together in Paris, as a tandem, like this vehicle which carried them from bivouacs to duck soups these past few summers, on the roads of Southwestern France.

The rest of the year, they share an appartment: the theater in which their little enterprises take place. It asks for a rigorous organization - it's always the case in exiguous parisian spaces. Mathieu and Jin paint and cut, sew and dye, borrowing technics and machines here and there. They engage in long and repetitive tasks with craftsman-like patience and a certain savoir-faire, based on a blend of handymen common sense, pure observation, and Youtube tutorials. They design various items, not mere sculptures or paintings. Our Amateurs are not petty amateurs, but people who got rid of this adjective and freed from this qualification, a qualification too often summoned as a gross opposition to the science of professionalism.

Each time, their project is directed toward a finished object. The Amateurs share a common appreciation for plain shapes, for colors clashing in big shades, for abstract compositions spawning a need for contemplation. They share a sharp sense of harmony, of trimmed details. For them, it seems like the "how" is as important as the "why": the constant need for thinking, learning new technics, and shaping, is inherent to their dynamics. Mathieu will write texts with a photosensitive mixture or create compositions with felted wool onto jumpers. One day, Jin will write a choreographed piece for colored rocks, small enough to fit between her fingers. The next day, she will sew large cotton flags, almost bigger than herself: banners without ideology, only spreading the beauty of their own composition. Together, they create tote bags, each of them unique, made of hundreds of shapes, cut in cloth and pieced together.

Their art fits in a household environment. They float between two worlds, originating both in art and craftsmanship. In that sense, their approach is a reminder of the 19th century Arts & Crafts movement in Great Britain: people who tried to bring art and daily life together by working on furnitures and everyday objects, creating the idea of design in the process.

The 126 is a group of friends with an incredible energy, all living in the 126, avenue Général Leclerc in Rennes, a huge house that gave them their name. 126 is also the name of the gallery they set up in their garage, where they've been curating amazing events and exhibitions for more than two years now. By inviting Amateurs, the Galerie 126 is definitely establishing a rule : every re-opening in September will be the time for a Moderne Jazz exhibition. This past summer, Mathieu and Jin also did a voice-over for a short documentary about this team of graffiti artists they're part of. It was produced by Arte Creative TV. In this video, Jin speaks a perfect english, way too natural to be faked: it comes from her childhood, spent somewhere in the vastness of Los Angeles. As for Mathieu, he spent his youth in Bordeaux, and it's a bit less obvious.

In Rennes, they will present a body of work that will clearly exceed the usual space of exhibition. Precise and ambitious works, way too precise and ambitious, even, not to overshadow the modesty of their authors: Amateurs.