Farniente, compétition, double piqué, exposition Moderne Jazz à Slika, Lyon
7 - 30 sep. 2015
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Texte introductif

Farniente, compétition, double piqué ;
pas mieux, pas pire.
La liste pourrait être plus longue, toute autre… Elle fait très bien l'affaire pour l'occasion.

Nous avons pris l'habitude de peindre sans nous consulter sur les couleurs ou les formats. Nous peignons pourtant la plupart du temps dans le format classique du graff, la bande, lettrages peints à hauteur d'homme et alignés côte à côte sur un long mur, longueur. Ça produit avec nous des collages assez disparates, peut-être improbables. Au moment de nous en aller on est généralement plutôt satisfaits, disons-le. On reviendra. Mais parfois c'en est décidément trop (trop peu, trop plein ?), demain j'arrête. Pourtant, le fait est que jusque là nous sommes toujours revenus.
Sans doute nous entendons nous sur une orientation commune : celle qui pointe la peinture à venir plutôt que celles passées.

Notre groupe s'est ainsi construit, sans cap précis, à la faveur de week-ends à droite à gauche, chez les uns ou les autres, autant de billets SNCF compostés, de kilomètres chèrement taxés par Vinci, pour les murs de nos villes, leurs terrains vagues, Malmousque (13) tant que tant, la danse au club Newyorkais (49), nos libanais préférés, le pain perdu à l'huile d'olive (95) – ¡ es una aventura ! –, les crêpes au beurre (pour tuer le suspense, les meilleures que certains d'entre nous n'aient jamais mangées sont faites au Talisman en Pont-Aven (29), et comme nous sommes à majorité finistériens ici, nous ne parlons bien évidemment que de crêpes, qu'il s'agisse de froment ou de blé noir, les galettes sont laissées aux rennais et leurs saucisses). Autant de semelles usées inter-ville, en bord de route, en arrière-cours, elles reverront avec plaisir les quais du Rhône, la Guillotière, le terrain de basket de la Croix Rousse.
Quelques lignes de texte sont bien mal calibrées pour rendre correctement tant de moments advenus, à venir ; qui colorent, qui rapprochent.

Alors, un forum internet ne serait qu'un point de détail s'il n'avait pas permis de dessiner les contours d'une équipe. Ouvert en 2012 pour échanger nos dernières peintures, nos premières aussi, il était siglé des anneaux olympiques, n'était soumis à aucun contrat de sponsoring et était titré Moderne Jazz.
Nom immédiatement repris en bonne et due place, celle réservée en bas des graffs aux dédicaces et signatures. Il y a sans doute autant de types de crew qu'il en existe, le nôtre s'est formé alors que nos pratiques étaient assez affirmées et que les expériences adolescentes étaient loin. Nous étions tous très fans du travail des autres, et nous trouvions là l'occasion d'affirmer fièrement une parenté entre nous. Notre histoire collective est assez neuve et éclatée, le centre de gravité du Moderne Jazz est mouvant d'après les énergies, le chômage et les saisons, Brest un temps, Marseille l'été 2014, Pont Aven le printemps dernier, Paris toujours un peu (mais hors catégorie, donc hors concours), Lille pourrait être la révélation 2016.
5, 10, 12 ou 17, peu importe combien nous sommes, nous n'avons pas réellement tenu les comptes jusqu'à cette exposition qui se présente. Occasion plus solennelle de jouer ensemble, elle participe au rituel collectif mais le groupe continue à exister sans fil, nous sommes 17 pour cette occasion.

Farniente, compétition, double piqué est une exposition sans thème. Elle trouve cependant son articulation sur le graff, qui nous a réuni, et elle s'appuie sur un système simple : chacun d'entre nous présente pour l'exposition la photographie d'un graff et un objet qui lui est lié.
La règle n'est pas plus appuyée. L'objet peut prendre de nombreuses formes, du dessin à la chanson, de la vidéo au volume ; il sera plutôt fait de nos mains, mais un objet trouvé peut convenir si son auteur le trouve à propos.
Ce principe nous permet d'aborder le cadre de la galerie sans heurt ni frustration ; avec nos aspirations, car elles sont multiples et parfois contradictoires. Nous avons tous des bagages différents, des approches et pratiques artistiques variées, rien qui ne se nie et se nuise pour autant, un ensemble d'inspirations et savoir-faire susceptibles de former un tout plus riche et cohérent que 17 voix apparemment à l'unisson derrière un thème ou un manifeste forcés.